Chère France,
Tu m'as manqué.
Je sais, je sais, je n'ai pas fait beaucoup d'efforts ces derniers temps moi non plus, mais franchement, avoue que tu n'étais plus très bandante. Entre tes affaires, tes coups de sang, tes règlements de comptes, tes enfants qui n'étaient plus dignes de confiance, ni de respect... On avait l'impression que chacun était replié sur soi-même, à faire son petit business, intéressé seulement par son portefeuille, ses petites magouilles et son nombril.
Et puis il y a eu la tuerie de Charlie et ces deux jours complètement dingues où la vie s'est arrêtée. Les pleurs, les moments d'hébétude, et ce sentiment d'urgence. L'urgence de la vie. De faire des choses, de partager, de vivre.
Il y a cette voix qui hurle en moi et qui me crie de lire, de rire, de profiter, d'écrire, et puis... voilà, du coup il fallait s'y remettre et je me suis remis. C'est tellement difficile de se remettre à écrire, à lire, à penser. Mais ce n'est pas parce qu'on a été bien éduqué qu'il faut s'arrêter d'apprendre. Tout au long de la vie le plaisir de s'enrichir est un plaisir qui s’entretient. Rien ne vient facilement, il faut remettre sans cesse sur l'ouvrage, découvrir, redécouvrir... Le talent, dit Jules Renard, est une question de quantité. Il ne s'agit pas d'écrire une page mais d'en écrire trois cents. L'intelligence, comme le vélo, ça ne s'oublie pas, mais comme la forme physique, la capacité de réaction et l'esprit critique, ça s'entretient.
Ici on ne cherche pas le talent mais juste le plaisir d'ouvrir son esprit, que les idées s'écoulent claires et vives comme un torrent de montagne. Mais je m'égare, et pas seulement de Montparnasse comme disait Pierre Desproges. Tiens, d'ailleurs, en parlant du bouseux limousin : j'entends sa voix, chuchotée, triste et apeurée, dans son extraordinaire sketch sur les rues de Paris qui ne sont plus sûres, quand son ami l'épicier arabe se fait agresser. J'ai toujours, toujours un sourire lorsqu'il raconte le moment où, attablé avec l'épicier et son frère, ils sirotent un petit blanc. Son ami lui dit qu'il en boit un tout petit peu parce qu'il est moitié musulman, moitié diabétique... Aujourd'hui je suis sûr que le grand Pierrot est en train de respirer un Figeac 75, à la table de Mahomet, posant un regard à la fois désolé et, forcément, amusé sur la situation parce que, si on ne rit pas du pire, de quoi pourrait-on rire à la fin ?
La tendance à soliloquer est grande chez les blogueurs, et plus encore quand la tristesse nous prend. De toute façon, quand on est interrompu par Desproges, on ferme sa gueule et on écoute. Alors fais donc pareil, chère France, parce que je ne peux m’empêcher de digresser. Enfin je reviens à Charlie. J'ai adoré comment, dimanche, tu es descendue dans la rue, pour dire que tu étais là. J'ai lu çà et là que certains n'étaient pas les bienvenus à la manif, que d'autres étaient ridicules, contempteurs de toujours du ton de Charlie puis ardents défenseurs du jour au lendemain... D'autres ont dit aussi que les Cabu, Wolinski et consorts se retournaient dans leur tombe d'entendre chanter la Marseillaise en leur honneur...
Quelle importance ? Tu es multiple, multiforme, multiculturelle, multiconfessionnelle. Certains sont descendus dans la rue pour défendre la liberté d'expression, d'autres pour rendre hommage aux auteurs de Charlie Hebdo, d’autres aux policiers, quelques-uns pour se montrer, beaucoup pour y être, pour se tenir chaud dans un moment de doute, de peur et de solitude. Pour ce besoin de se sentir partie d'un tout, pour se dire qu'on n'est pas seul face à la barbarie, la bêtise et l'aveuglement. Chacun avait sa raison, et toutes les raisons étaient bonnes, et toutes les raisons étaient nobles.
L'important, c'est que dimanche, tu as montré que tu étais en vie. Que tu existes encore, que tu respires, que tu penses, que tu marches. Et ça, ma chère France, ça, c'était l'important. Et c'était beau. Je me prends à rêver que ça continue. Que tout ça t'a fait sortir de ta léthargie, et que les années 60 vont revenir, et que tes enfants vont de nouveau vivre, penser, se questionner, refuser l'ordre établi. Moi en tout cas, je m'y remets.
Merci chère France,
Amicalement
Hrundy V.
mercredi 14 janvier 2015
mercredi 7 janvier 2015
What a wonderful World...
Chère maman,
J'ai une bonne nouvelle pour toi. Enfin, tu dois déjà être au courant, Cabu vient de te rejoindre. Je sais que tu l'aimais bien, avec ses petites lunettes rondes et sa coupe au bol à la du Guesclin. Surtout, il te faisait marrer et grincer et ça, ce n'est donné qu'à quelques-uns. Autre bonne nouvelle, il est bien accompagné, avec Wolinski, Charb, Tignous, Oncle Bernard et d'autres.
La mauvaise nouvelle c'est qu'ils doivent être dans un sale état, parce que les enfants du bon dieu qui leur ont permis le grand saut leur ont fait des trous partout au fusil d'assaut, en espérant venger je ne sais quel prophète. A mon avis, le prophète en question doit aujourd'hui se tâter entre la crise de rire ou la dépression grave. Cabu avait raison, c'est dur d'être aimé par des cons.
Ce qui est sûr, c'est que ton monde à toi, s'il existe, est certainement beaucoup plus drôle que le nôtre désormais. D'un autre côté, tu gagnes d'un seul coup d'un seul la moitié de la rédaction de Charlie Hebdo, alors que t'avais déjà Dac, Desproges, Coluche et tellement d'autres...
Nous ici, il ne nous reste plus grand chose pour rigoler. En une poignée de minutes, voilà que des malfaisants quelconques ont flingué une partie de mon adolescence et de ma vie d'adulte. Comme ça, juste parce qu'ils avaient décidé qu'on ne peut pas rire de tout. L'acte en lui-même est tragique, ridicule, terrible. Il y a plein de victimes, deux policiers notamment, d'autres journalistes de Charlie, mais je n'arrive pas à m'enlever cette pensée égoïste qu'on m'a pris quelque chose.
Charlie en général, et ses piliers en particulier, faisaient partie de ces vieux amis qu'on appelle de temps en temps, parce qu'ils nous font sourire à la vie, qui nous font penser (croire ?) que le monde est beau, et que la vie est une fête. Que toutes les bêtises et les horreurs sont des péripéties dont il faut se gausser. Le bonheur est simple, il tient à cela. A notre capacité à voir le monde beau et léger.
Ces cuistres avaient-ils la fatuité de croire qu'ils pouvaient nous enlever ça, comme des Goldfinger de supermarché, ou bien étaient-ils juste assez bas du plafond pour penser réellement venger le pauvre Mahomet ?
Et nous, comment doit-on réagir ? La haine qui nous tord les boyaux doit-elle sortir ? Depuis midi aujourd'hui, j'ai marché comme un boxeur sonné, groggy, les yeux dans le vague, les idées noires (tiens, dis bonjour à Franquin, il sera content de voir les petits). Mais doit-on accepter que des terroristes nous enlèvent notre joie de vivre ? J'en suis arrivé là. Moi qui désespérais un peu des hommes depuis quelques mois, j'ai probablement touché le fond de la foi en l'être humain aujourd'hui, mais ce soir je sais une chose. J'ai la rage. Une rage positive et constructive. Une rage de faire des choses, de réussir, d'aimer mieux, d'apprendre, de continuer à grandir et d'aider mes enfants, et tous ceux qui le veulent, à grandir et à voir le monde avec des yeux émerveillés, comme ton capitaine préféré Adrian Cronauer passant le What a wonderful world du grand Satchmo Louis Armstrong en pleine guerre du Vietnam, sur fond de bombardements...
Le grand Sachem et Robin des ondes Willliams
Chère maman, toi qui es là haut depuis trop longtemps et qui y est partie bien trop tôt, prends soin d'eux, prends-soin de toi, et marrez-vous bien pour nous, on en a besoin.
Merci maman,
Amicalement,
Hrundy V.
J'ai une bonne nouvelle pour toi. Enfin, tu dois déjà être au courant, Cabu vient de te rejoindre. Je sais que tu l'aimais bien, avec ses petites lunettes rondes et sa coupe au bol à la du Guesclin. Surtout, il te faisait marrer et grincer et ça, ce n'est donné qu'à quelques-uns. Autre bonne nouvelle, il est bien accompagné, avec Wolinski, Charb, Tignous, Oncle Bernard et d'autres.
La mauvaise nouvelle c'est qu'ils doivent être dans un sale état, parce que les enfants du bon dieu qui leur ont permis le grand saut leur ont fait des trous partout au fusil d'assaut, en espérant venger je ne sais quel prophète. A mon avis, le prophète en question doit aujourd'hui se tâter entre la crise de rire ou la dépression grave. Cabu avait raison, c'est dur d'être aimé par des cons.
Ce qui est sûr, c'est que ton monde à toi, s'il existe, est certainement beaucoup plus drôle que le nôtre désormais. D'un autre côté, tu gagnes d'un seul coup d'un seul la moitié de la rédaction de Charlie Hebdo, alors que t'avais déjà Dac, Desproges, Coluche et tellement d'autres...
Nous ici, il ne nous reste plus grand chose pour rigoler. En une poignée de minutes, voilà que des malfaisants quelconques ont flingué une partie de mon adolescence et de ma vie d'adulte. Comme ça, juste parce qu'ils avaient décidé qu'on ne peut pas rire de tout. L'acte en lui-même est tragique, ridicule, terrible. Il y a plein de victimes, deux policiers notamment, d'autres journalistes de Charlie, mais je n'arrive pas à m'enlever cette pensée égoïste qu'on m'a pris quelque chose.
Charlie en général, et ses piliers en particulier, faisaient partie de ces vieux amis qu'on appelle de temps en temps, parce qu'ils nous font sourire à la vie, qui nous font penser (croire ?) que le monde est beau, et que la vie est une fête. Que toutes les bêtises et les horreurs sont des péripéties dont il faut se gausser. Le bonheur est simple, il tient à cela. A notre capacité à voir le monde beau et léger.
Ces cuistres avaient-ils la fatuité de croire qu'ils pouvaient nous enlever ça, comme des Goldfinger de supermarché, ou bien étaient-ils juste assez bas du plafond pour penser réellement venger le pauvre Mahomet ?
Et nous, comment doit-on réagir ? La haine qui nous tord les boyaux doit-elle sortir ? Depuis midi aujourd'hui, j'ai marché comme un boxeur sonné, groggy, les yeux dans le vague, les idées noires (tiens, dis bonjour à Franquin, il sera content de voir les petits). Mais doit-on accepter que des terroristes nous enlèvent notre joie de vivre ? J'en suis arrivé là. Moi qui désespérais un peu des hommes depuis quelques mois, j'ai probablement touché le fond de la foi en l'être humain aujourd'hui, mais ce soir je sais une chose. J'ai la rage. Une rage positive et constructive. Une rage de faire des choses, de réussir, d'aimer mieux, d'apprendre, de continuer à grandir et d'aider mes enfants, et tous ceux qui le veulent, à grandir et à voir le monde avec des yeux émerveillés, comme ton capitaine préféré Adrian Cronauer passant le What a wonderful world du grand Satchmo Louis Armstrong en pleine guerre du Vietnam, sur fond de bombardements...
Le grand Sachem et Robin des ondes Willliams
Chère maman, toi qui es là haut depuis trop longtemps et qui y est partie bien trop tôt, prends soin d'eux, prends-soin de toi, et marrez-vous bien pour nous, on en a besoin.
Merci maman,
Amicalement,
Hrundy V.
mercredi 6 novembre 2013
Un idiot à Paris
Cher René,
Pour tout te dire, le titre de ton roman ne m'a jamais incité à voir le film. Malgré mon amour immodéré pour La soupe au choux mais aussi pour Les Vieux de la vieille, je regardais les autres productions tirées de ta prose d'un œil dédaigneux.
Et puis je t'ai découvert par un ami, qui m'a incité à te lire. Alors je me suis renseigné sur toi, sur ton histoire, je t'ai "googlisé" comme ils disent. J'ai connu ton parcours, la guerre, puis libé grâce à Cendrars, l'amitié avec Dimey et surtout Brassens, tout ça.
Et puis j'ai lu la Soupe aux choux. Grosse soufflante dans le joufflu. Celui du haut, pas celui du bas. Dix fois, cent fois, mille fois plus tendre et drôle que son adaptation par Girault. Et puis ensuite Les Vieux de la Vieille, Comment fais-tu l'amour, Cerise ?, Le beaujolais nouveau est arrivé... Et toujours du bonheur à te lire, à te suivre, de la banlieue à la campagne, de Jaligny à L’Haÿ-les-Roses...
Vous n'êtes pas très nombreux dans l'histoire de la littérature, de la chanson aussi, à faire se côtoyer les cultures populaires du béton et de la terre avec la finesse d'esprit, la légèreté et l'érudition. Un idiot à Paris en est l'exemple parfait.
Goubi, bredin de son état, employé de ferme aux Patouilloux, rêve de grandeur. Enfant de l'Assistance, il se choisit Clémenceau comme père et parle à la lune, s'amuse avec les mouches, et se laisse aller en permanence, parle de Paris, où il voudrait aller. Et voilà qu'un beau jour, deux connaissances, sous couvert d'aller boire un canon dans le patelin voisin, le droguent et l'emmènent tout droit à la capitale. Emerveillement, mais surtout, choc des cultures. Le bredin se perd, et son aventure parisienne commnce.
C'est truculent, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien écrit mais c'est aussi passionnant et bien construit. On ne voudrait pas que cela s'arrête. D'ailleurs, j'ai déjà envie de te reprendre en main, René, de te flairer, de te goûter, de t'entendre aussi. Ta plume sollicite tous les sens. Et ton idiot à Paris, qui reviendra à Jaligny en conquérant, auréolé d'une quasi normalité, on a envie qu'il devienne notre ami. Comme il l'était pour toi.
Merci René
Amicalement,
Hrundy V.
Pour tout te dire, le titre de ton roman ne m'a jamais incité à voir le film. Malgré mon amour immodéré pour La soupe au choux mais aussi pour Les Vieux de la vieille, je regardais les autres productions tirées de ta prose d'un œil dédaigneux.
Et puis je t'ai découvert par un ami, qui m'a incité à te lire. Alors je me suis renseigné sur toi, sur ton histoire, je t'ai "googlisé" comme ils disent. J'ai connu ton parcours, la guerre, puis libé grâce à Cendrars, l'amitié avec Dimey et surtout Brassens, tout ça.
Et puis j'ai lu la Soupe aux choux. Grosse soufflante dans le joufflu. Celui du haut, pas celui du bas. Dix fois, cent fois, mille fois plus tendre et drôle que son adaptation par Girault. Et puis ensuite Les Vieux de la Vieille, Comment fais-tu l'amour, Cerise ?, Le beaujolais nouveau est arrivé... Et toujours du bonheur à te lire, à te suivre, de la banlieue à la campagne, de Jaligny à L’Haÿ-les-Roses...
Vous n'êtes pas très nombreux dans l'histoire de la littérature, de la chanson aussi, à faire se côtoyer les cultures populaires du béton et de la terre avec la finesse d'esprit, la légèreté et l'érudition. Un idiot à Paris en est l'exemple parfait.
Goubi, bredin de son état, employé de ferme aux Patouilloux, rêve de grandeur. Enfant de l'Assistance, il se choisit Clémenceau comme père et parle à la lune, s'amuse avec les mouches, et se laisse aller en permanence, parle de Paris, où il voudrait aller. Et voilà qu'un beau jour, deux connaissances, sous couvert d'aller boire un canon dans le patelin voisin, le droguent et l'emmènent tout droit à la capitale. Emerveillement, mais surtout, choc des cultures. Le bredin se perd, et son aventure parisienne commnce.
C'est truculent, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien écrit mais c'est aussi passionnant et bien construit. On ne voudrait pas que cela s'arrête. D'ailleurs, j'ai déjà envie de te reprendre en main, René, de te flairer, de te goûter, de t'entendre aussi. Ta plume sollicite tous les sens. Et ton idiot à Paris, qui reviendra à Jaligny en conquérant, auréolé d'une quasi normalité, on a envie qu'il devienne notre ami. Comme il l'était pour toi.
Merci René
Amicalement,
Hrundy V.
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un idiot à Paris
vendredi 25 octobre 2013
Astérix chez les Pictes
Cher Albert,
Tu sais, comme le bon Pierrot, je dis "tu" à tous ceux que j'aime. Et j'avoue t'avoir vouvoyé ces quelques dernières années pendant lesquelles tu essayais désespérément de faire du neuf avec du vieux. Tu essayais de garder l'esprit de ton ami René mais, s'il y a toujours du génie dans ton trait, tes scénars étaient balourds, tes dialogues désespérants.
Et puis tu as décidé d'arrêter. Et le fan absolu d'Astérix que je suis était tout de même triste. Et puis tu as choisi un couple de successeurs, qui ont produit Astérix chez les Pictes. Tremblant de peur, j'ai acheté dès le jour de sa sortie ce nouvel opus. Conrad, je le connaissais déjà un peu pour Bob Marone. Ferri, quant à lui, était déjà, pour moi, un dieu vivant, après les formidables aventures d'Aimé Lacapelle et ses scénars géniaux pour le retour à la terre de Larcenet...
Et alors, je dois te le dire, je me suis régalé. D'abord, et ça faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé lors de la lecture d'un Astérix, j'ai ri. Oui, tu as bien lu, j'ai ri. Et de bon coeur, avec plaisir. Oui, pour la première fois depuis, je pense, depuis longtemps, je me suis fendu la poire.
Parce que le scénario de Ferri est bien mené, et parce que ses jeux de mots sont intelligents, amusants, et surtout sont parfaitement intégrés dans l'histoire, si bien qu'on ne décroche jamais.
Les dessins de Conrad sont agréables et on a le plaisir de retrouver, même des personnages secondaires comme les deux gradés romains... Et que dire de ce Vincent Cassel verdâtre qui pactise avec l'envahisseur...
Bref, tu l'auras compris, même si je me suis jeté dès le premier jour sur la lecture de ce tome, je vais le relire avec gourmandise, et surtout, surtout, je vais attendre la prochaine livraison avec, cette fois, beaucoup d'impatience...
Merci Albert,
Amicalement,
Hrundy V.
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jeudi 24 octobre 2013
Une histoire d'hommes
| Les membres du groupe |
Quel plaisir et quel étonnement de te voir t'adresser à l'homme qui est en nous ! Ça a donné lieu au plus misérable des concours de jeux de mots dans la presse, et rien que pour ça, tu devrais être remercié. Malgré tout, il faut que je te l'avoue, j'ai eu un mal de chien à entrer dans ton Histoire d'hommes.
Non pas qu'il soit mal dessiné, ça non. Le trait est agréable, les couleurs suaves donnent une belle impression de mélancolie sans être tristes. Non, visuellement, c'est un vrai bonheur, une réussite. Ca change vraiment de Titeuf, et ça a dû te demander un effort extraordinaire, beaucoup de travail pour t'astreindre à cela. Bravo en tout cas.
Non j'ai eu du mal à entrer dedans à cause des flashbacks. Ils sont un peu fastidieux. Le découpage très cinématographique de ce début de récit est un peu lourd alors même que ces flashbacks ne sont ni longs ni nombreux. Mais pour tout te dire, j'écris vraiment ça pour t'embêter. Parce que je me suis régalé tout du long. Bien sûr, tu touches la corde sensible d'un mec dont le livre préféré reste Les Copains de Romains, et pour lequel, à des degrés divers, Mes Meilleurs Copains de Poiré et Vincent, François, Paul et les autres de Sautet sont des chefs-d'oeuvres immortels.
On trouve d'ailleurs beaucoup de similitudes dans ta bédé avec l'histoire de la bande à Chapoteau. Le temps d'un week-end, le groupe qui s'était dissous se reforme. L'un d'entre eux est devenu une star. Ces retrouvailles vont remuer beaucoup de choses qui vont plus ou moins changer la vie des protagonistes... Bien entendu ton histoire est plus grave, plus lourde sans jamais être désagréable à suivre. Je dirais même que ton ton et ton trait légers adoucissent énormément la noirceur du secret qui séparait jusque là les deux héros, et qui pourrait les rapprocher à nouveau.
Bref, l'histoire est sympa, les protagonistes bien travaillés, l'ambiance est agréable, le dessin est magnifique. Tu vois, je suis heureux de m'être fait offrir ton album, sinon, j'aurais été obligé de l'acheter.
Merci Philippe.
Amicalement, Hrundy V.
mercredi 25 septembre 2013
Beaucoup de bruit pour rien
Cher Kenneth,
Comme j'ai parlé de toi il y a peu, parce qu'en fait je t'avais vu à la télé tout simplement, il me revient en mémoire depuis plusieurs jours nombre de scènes de l'extraordinaire Beaucoup de bruit pour rien. Et notamment la paisible ouverte sur l'air de Tra, déri, déra. Insouciance. Et lumineuse Emma Thompson qui parle comme on dévore, avec gourmandise et des étoiles dans les yeux.
L'ouverture ensuite, grandiose, avec les héros chevauchant au ralenti, Denzel, Kenneth, Robert Sean, Keanu... Et puis tellement d'autres moments. Bien sûr, il faut aimer les dialogues, car les joutes oratoires que se livrent Benedict-Branagh et Béatrice-Thompson sont comme du miel... qu'ils se jetteraient à la figure. Tout coule, sonne bien, retentit ou s'engloutit selon l'humeur, la musique des mots chez Shakespeare est incroyable. Il y a vraiment quelque chose de jouissif dans son phrasé qui transporte. Enfin, je ne vais pas redécouvrir l'eau tiède mais tout de même, quel rythme ! Toutefois, pour avoir vu et revu et re-revu les versions française et anglaise je peux te dire mon cher Kenneth que les bouffeurs de grenouilles ont bien fait leur taf.
Pour autant, la rythmique en anglais est sans pareille. Et même si l'ancien Charlot Gérard Rinaldi double excellemment l'halluciné Michael Keaton, on ne doit pas passer à côté de sa prestation majuscule en V.O.
La parenthèse complètement déjanté que constitue l'apparition du connétable Dogberry et de ses acolytes idiots ne doit pas faire oublier l'excellent marivaudage qui est la base du film et de la pièce, deux histoires d'amour, l'une toute tracée entre Hero et Claudio, mais contrariée par le méchant Dom John, l'autre impensable mais arrangée, entre Bénédict et Béatrice.
Le casting est énorme, mais personne ne marche sur les pieds de ses partenaires et tous les seconds rôles peuvent se hisser au même rang que les premiers, je pense notamment à la bonhommie de Richard Briers en Leonato ou les gloussements viveurs d'Imelda Staunton en Margaret, que tu recroiseras (ou presque) chez Harry Potter en Dolores Umbridge. Chez Shakespeare, plus encore même que chez Molière, les seconds rôles sont essentiels et se taillent une part de choix.
Kenneth, je n'ai pas vu toutes tes adaptations de Shakespeare mais l'Indien que je suis a pleuré comme un veau devant Henry V et la tirade de la saint-Crépin, ri aux algarades faussement désintéressées entre Benedict et Béatrice, célibataires endurcis et libres penseurs...
Vraiment quel bon moment. Et quellle musique. Et quelle lumière. Rien que pour la lumière de Beaucoup de Bruit pour Rien, tu devrais être remercié.
Merci Kenneth.
Amicalement,
Hrundy V.
Comme j'ai parlé de toi il y a peu, parce qu'en fait je t'avais vu à la télé tout simplement, il me revient en mémoire depuis plusieurs jours nombre de scènes de l'extraordinaire Beaucoup de bruit pour rien. Et notamment la paisible ouverte sur l'air de Tra, déri, déra. Insouciance. Et lumineuse Emma Thompson qui parle comme on dévore, avec gourmandise et des étoiles dans les yeux.
L'ouverture ensuite, grandiose, avec les héros chevauchant au ralenti, Denzel, Kenneth, Robert Sean, Keanu... Et puis tellement d'autres moments. Bien sûr, il faut aimer les dialogues, car les joutes oratoires que se livrent Benedict-Branagh et Béatrice-Thompson sont comme du miel... qu'ils se jetteraient à la figure. Tout coule, sonne bien, retentit ou s'engloutit selon l'humeur, la musique des mots chez Shakespeare est incroyable. Il y a vraiment quelque chose de jouissif dans son phrasé qui transporte. Enfin, je ne vais pas redécouvrir l'eau tiède mais tout de même, quel rythme ! Toutefois, pour avoir vu et revu et re-revu les versions française et anglaise je peux te dire mon cher Kenneth que les bouffeurs de grenouilles ont bien fait leur taf.
Pour autant, la rythmique en anglais est sans pareille. Et même si l'ancien Charlot Gérard Rinaldi double excellemment l'halluciné Michael Keaton, on ne doit pas passer à côté de sa prestation majuscule en V.O.
La parenthèse complètement déjanté que constitue l'apparition du connétable Dogberry et de ses acolytes idiots ne doit pas faire oublier l'excellent marivaudage qui est la base du film et de la pièce, deux histoires d'amour, l'une toute tracée entre Hero et Claudio, mais contrariée par le méchant Dom John, l'autre impensable mais arrangée, entre Bénédict et Béatrice.
Le casting est énorme, mais personne ne marche sur les pieds de ses partenaires et tous les seconds rôles peuvent se hisser au même rang que les premiers, je pense notamment à la bonhommie de Richard Briers en Leonato ou les gloussements viveurs d'Imelda Staunton en Margaret, que tu recroiseras (ou presque) chez Harry Potter en Dolores Umbridge. Chez Shakespeare, plus encore même que chez Molière, les seconds rôles sont essentiels et se taillent une part de choix.
Kenneth, je n'ai pas vu toutes tes adaptations de Shakespeare mais l'Indien que je suis a pleuré comme un veau devant Henry V et la tirade de la saint-Crépin, ri aux algarades faussement désintéressées entre Benedict et Béatrice, célibataires endurcis et libres penseurs...
Vraiment quel bon moment. Et quellle musique. Et quelle lumière. Rien que pour la lumière de Beaucoup de Bruit pour Rien, tu devrais être remercié.
Merci Kenneth.
Amicalement,
Hrundy V.
lundi 16 septembre 2013
Meurtriers sans visage
Cher Henning,
Ce qu'il y a de bien avec les histoires d'amour littéraire, c'est que les entremetteurs sont nombreux sur le web. J'avoue que je ne te connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a quelques mois et puis, un jour, me demandant si j'étais bien sûr d'avoir bien lu tous les Fred Vargas, je suis tombé sur un forum où un lecteur vous comparait. En substance, c'était "si vous aimez Adamsberg, vous aimerez Wallander."
Erreur grave, comme disait l'autre.
Parce que oui c'est vrai, Wallander et Adamsberg ont effectivement des points communs. Plein en fait. Ils sont décalés, chacun à leur manière, à la fois à la limite de la misanthropie et pleins de compassion, pas très heureux en amour mais pas sans succès non plus, ils sont régulièrement en difficulté avec la hiérarchie sans pourtant être des va-t-en-guerre... Bref, ils sont humains, ils subissent aussi bien leur vie que toi ou moi. Enfin surtout toi parce que moi j'assure grave. Bref. Je reviens à mon erreur.
J'aime bien Adamsberg. J'aime bien Wallander. Mais les styles de vos écrits à Fred et toi sont bien différents. Son univers à elle est riche de culture, de références, tout est construit et magnifié, on se sent, on sait dans un monde parallèle. Chez toi, et ça m'a choqué, vraiment, tout est aride, sec, rude. Ton univers est parfaitement réel et triste et morne. Dans meurtriers sans visage, rien ne dépasse. Jusqu'à l'intrigue, qui est parfaitement inutile. Un couple de vieux a priori sans histoire se fait torturer et buter dans la cambrousse suédoise. Avant de rendre son dernier souffle, la vieille a le temps de répéter le mot "étranger" à un inspecteur. Et à la fin, paf, ce sont bien des étrangers, venant de nulle part, qui ont fait le coup. A la fois, c'est frustrant et jouissif. Voilà une enquête fastidieuse, longue, complexe mais dont le lecteur, pas plus que l'enquêteur, ne maîtrise le moindre début de petit fil.
On s'enlise avec Wallander parce que tout simplement il ne possède aucun indice et nous non plus. Et le récit ne se construit pas vraiment autour du mystère, mais bien autour du travail et de la vie quotidiens de ce serviteur de la loi (pas vraiment) comme les autres. Il galère, il souffre, il s'accroche, il doute, il envoie chier, et avec lui on souffre... mais on reste. Parce que ma foi, le verbe est clair, calibré, aisé à lire. Parce qu'on se reconnait dans les loupés, les doutes, les petites lâchetés du quotidien. Meurtriers sans visage est plus une chronique du quotidien qu'un vrai policier à mon sens. Et plus j'y repense et plus j'en suis content.
Je suis content aussi d'avoir commencé par le premier de la série des Wallander, puisque j'ai appris plus tard que c'est une vraie série, avec un héros qui évolue, et qui va même changer pour de bon. Du coup je vais aller chercher le 2e... Et puis, ô surprise, étonnement, et même - dirais-je paraphrasant le grand maître Maître - gaspation ! voilà-t-y pas qu'hier soir, en ouvrant mon poste pour me rendre compte que j'avais raté Jean-Claude Bourret, je tombe sur l'extraordinaire Kenneth Brannagh, que j'aime et qui m'aime et qui n'est chaque fois, ni tout à fait le même... ce bon Kenneth disais-je, dans les habits froissés et à l'hygiène douteuse de Kurt le suédois. Je savais que j'avais eu raison de te lire.
Je vais donc aussi te regarder. "Alea jacta est" dit-il, les pieds boueux de les avoir trempés dans le ru.
Merci Henning.
Amicalement, Hrundy V.
Ce qu'il y a de bien avec les histoires d'amour littéraire, c'est que les entremetteurs sont nombreux sur le web. J'avoue que je ne te connaissais ni d'Eve ni d'Adam il y a quelques mois et puis, un jour, me demandant si j'étais bien sûr d'avoir bien lu tous les Fred Vargas, je suis tombé sur un forum où un lecteur vous comparait. En substance, c'était "si vous aimez Adamsberg, vous aimerez Wallander."
Erreur grave, comme disait l'autre.
Parce que oui c'est vrai, Wallander et Adamsberg ont effectivement des points communs. Plein en fait. Ils sont décalés, chacun à leur manière, à la fois à la limite de la misanthropie et pleins de compassion, pas très heureux en amour mais pas sans succès non plus, ils sont régulièrement en difficulté avec la hiérarchie sans pourtant être des va-t-en-guerre... Bref, ils sont humains, ils subissent aussi bien leur vie que toi ou moi. Enfin surtout toi parce que moi j'assure grave. Bref. Je reviens à mon erreur.
J'aime bien Adamsberg. J'aime bien Wallander. Mais les styles de vos écrits à Fred et toi sont bien différents. Son univers à elle est riche de culture, de références, tout est construit et magnifié, on se sent, on sait dans un monde parallèle. Chez toi, et ça m'a choqué, vraiment, tout est aride, sec, rude. Ton univers est parfaitement réel et triste et morne. Dans meurtriers sans visage, rien ne dépasse. Jusqu'à l'intrigue, qui est parfaitement inutile. Un couple de vieux a priori sans histoire se fait torturer et buter dans la cambrousse suédoise. Avant de rendre son dernier souffle, la vieille a le temps de répéter le mot "étranger" à un inspecteur. Et à la fin, paf, ce sont bien des étrangers, venant de nulle part, qui ont fait le coup. A la fois, c'est frustrant et jouissif. Voilà une enquête fastidieuse, longue, complexe mais dont le lecteur, pas plus que l'enquêteur, ne maîtrise le moindre début de petit fil.
On s'enlise avec Wallander parce que tout simplement il ne possède aucun indice et nous non plus. Et le récit ne se construit pas vraiment autour du mystère, mais bien autour du travail et de la vie quotidiens de ce serviteur de la loi (pas vraiment) comme les autres. Il galère, il souffre, il s'accroche, il doute, il envoie chier, et avec lui on souffre... mais on reste. Parce que ma foi, le verbe est clair, calibré, aisé à lire. Parce qu'on se reconnait dans les loupés, les doutes, les petites lâchetés du quotidien. Meurtriers sans visage est plus une chronique du quotidien qu'un vrai policier à mon sens. Et plus j'y repense et plus j'en suis content.
Je suis content aussi d'avoir commencé par le premier de la série des Wallander, puisque j'ai appris plus tard que c'est une vraie série, avec un héros qui évolue, et qui va même changer pour de bon. Du coup je vais aller chercher le 2e... Et puis, ô surprise, étonnement, et même - dirais-je paraphrasant le grand maître Maître - gaspation ! voilà-t-y pas qu'hier soir, en ouvrant mon poste pour me rendre compte que j'avais raté Jean-Claude Bourret, je tombe sur l'extraordinaire Kenneth Brannagh, que j'aime et qui m'aime et qui n'est chaque fois, ni tout à fait le même... ce bon Kenneth disais-je, dans les habits froissés et à l'hygiène douteuse de Kurt le suédois. Je savais que j'avais eu raison de te lire.
Je vais donc aussi te regarder. "Alea jacta est" dit-il, les pieds boueux de les avoir trempés dans le ru.
Merci Henning.
Amicalement, Hrundy V.
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