Cher Coyote,
Je ne te comprends pas. Je crois que c'est la première fois depuis longtemps. Depuis toujours, peut-être. Adolescent, ou plutôt jeune adulte (disons adulescent, c'est à la mode), je souriais et riais à tes références dans Litteul Kévin, des "Tontons" à Tintin...
Mais alors là, vraiment, je te comprends pas. Franchement, alors que tu venais à peine d'entrer dans la cinquantaine, alors que t'avais toute la vie devant toi, des milliards de choses à faire, tu t'arrêtes, comme ça, paf. -Paf ? - Oui, Paf.
Quand on perd quelqu'un qu'on aime, on a toujours cette réaction de se demander "Qu'est-ce que je faire maintenant?". C'est vrai, sans toi, on va rire de quoi ? Avec qui ? Tu avais cette capacité rare à broder une histoire à partir d'un jeu de mots. Une histoire bien menée, sans temps morts, et dessinée avec une précision diabolique, les mecs avec de gros nez, les femmes avec de gros seins (sauf Frida, mais il avait raison, Hulk !)...
En vérité je te le dis : déjà qu'il y a de moins en moins de sujets de poilade, que les censeurs réapparaissent à la vitesse grand V, que les grands comiques se font de plus en plus rares, si les grands auteurs de bédé se mettent à calancher à 50 piges, on va où, hein ? Je te le demande ? On va où ?
Non, le mieux ce serait que tout ça soit une blague de mauvais goût. Mais franchement, je n'y crois plus depuis que tes copains ont accepté la terrible nouvelle, et écrivent des choses belles et émouvantes sur ton talent, ta gentillesse et l'amour que tu dispensais, comme Cartier ici.
Alors bon, il ne nous reste plus qu'à relire ta bibliographie, riche, intelligente, amusante. Pour le moment, triste, triste [est] mon âme à cause, à cause [d'un homme] mais, à te relire, à te rerelire, la gaieté et la joie reviendront... En attendant, gardons le mot de passe :
"Au-delà de la nuit, dans le Kalahari, le lion va rugissant comme un gros chat qui miaule... car le sable brûlant chauffe ses roubignoles"
Merci, Coyote.
Amicalement,
Hrundy .
mardi 11 août 2015
dimanche 29 mars 2015
Du pain et des jeux...
Cher Antonio,
Voilà plusieurs semaines que je pense au Prix du Danger (1983) d'Yves Boisset. En fait j'y pense souvent, depuis le crash des hélicoptères sur le tournage d'un jeu de télé-réalité. Et puis ce matin, j'ai lu ton article dans le dernier Charlie Hebdo sur les "Bons et Mauvais Risques".
Ca parle des risques, souhaités ou non, que nous fait courir la vie, jusque dans notre vie professionnelle. Le parachutisme serait un bon risque, le tabagisme un mauvais. Puis tu développes sur l'organisation de la société et le fait que, bien entendu, tous les bons risques sont des marqueurs de réussite sociale et plutôt de droite par rapport au peuple qui ne se récolte souvent que les mauvais risques. Comme d'hab, beau et bon.
Mais ce n'est pas ça qui me marque, non. C'est ton accroche, puis ton intro. Tu parles d'un paradoxe : "on sacralise l'audace des héros médiatiques, pendant que le commun des mortels est confiné dans une société de plus en plus sécuritaire".
Et là, forcément, je repense au prix du danger. A ces millions de spectateurs confinés devant leur télé, tressaillant aux aventures d'un homme du commun, incarné par Gérard Lanvin, jouant sa vie face à 5 tueurs chargés de l'éliminer. Mais pas trop vite, parce que le jeu doit être prenant. Mais il doit mourir, parce que le jeu doit rester le plus fort, il doit rester addictif, et du coup je pense aussi à Rollerball, encore plus ancien (1975), dans lequel James Caan, plus grand joueur de l'histoire de son sport, échappe à toutes les chausses-trappes mises en place par sa Fédération pour l'empêcher de devenir plus grand que le jeu.
La télé-réalité dans le premier cas, le sport de masse dans le second sont les opiums qui sont censés garder les populations dans leur auto-confinement, en leur donnant leur dose d'aventure, juste assez pour qu'ils n'aient pas envie de prendre leur vie en main. Rien de neuf, puisque Juvénal, au 1er siècle de notre ère, critiquait déjà la politique des empereurs romains en la restreignant à un "Panem et circenses", du pain et des jeux, caustique.
De fait, c'est le symbole de la paix et de la tranquillité dans une cité où l'approvisionnement en blé est vital (les préfets de l'Annone en sont chargés, mais certains empereurs, comme Auguste, recevront à certains moments difficiles cette lourde charge), et où la grandeur des hommes politiques est mesurée à l'aune de leur générosité partageuse (évergétisme).
Beaucoup plus tard, Dostoievski, dans les frères Karamazov, reprend ce thème développé par la parabole du Grand Inquisiteur. Il faut faire le bonheur du peuple "efficacement", en maniant parfaitement le Mystère (nourrir le peuple), le Miracle (l'étonner et le divertir) et l'Autorité (le guider)...
La liberté guidant le peuple, c'est de la guimauve à vendre aux romantiques. La vraie façon de gouverner, c'est d'acheter et d'endormir les électeurs. Ca fait mal à ma Commune, ça. La belle révolution de 1848 qui a redonné tout le pouvoir au peuple (masculin, hein, faut pas déconner), qui s'est empressé, celui-ci, de se donner tout cuit à la dictature impériale... C'est marrant tout de même. Le Grand Charles disait que les Français sont des veaux, mais l'histoire politique nous montre que tous les peuples ont plutôt une incompressible part d'ovinité... Quelquefois, ça donne vraiment envie de raccrocher les gants.
En tout cas, cher monsieur Fischetti, tu m'as une nouvelle fois donné à réfléchir. Même si depuis déjà un certain temps mes réflexions sont plutôt moroses, eh bien ça fait toujours du bien de s'éloigner un instant du troupeau bêlant pour voir si, dans son crâne, on entend les mêmes sons...
Merci cher Antonio,
Amicalement,
Hrundy V.
Voilà plusieurs semaines que je pense au Prix du Danger (1983) d'Yves Boisset. En fait j'y pense souvent, depuis le crash des hélicoptères sur le tournage d'un jeu de télé-réalité. Et puis ce matin, j'ai lu ton article dans le dernier Charlie Hebdo sur les "Bons et Mauvais Risques".
Ca parle des risques, souhaités ou non, que nous fait courir la vie, jusque dans notre vie professionnelle. Le parachutisme serait un bon risque, le tabagisme un mauvais. Puis tu développes sur l'organisation de la société et le fait que, bien entendu, tous les bons risques sont des marqueurs de réussite sociale et plutôt de droite par rapport au peuple qui ne se récolte souvent que les mauvais risques. Comme d'hab, beau et bon.
Mais ce n'est pas ça qui me marque, non. C'est ton accroche, puis ton intro. Tu parles d'un paradoxe : "on sacralise l'audace des héros médiatiques, pendant que le commun des mortels est confiné dans une société de plus en plus sécuritaire".
Et là, forcément, je repense au prix du danger. A ces millions de spectateurs confinés devant leur télé, tressaillant aux aventures d'un homme du commun, incarné par Gérard Lanvin, jouant sa vie face à 5 tueurs chargés de l'éliminer. Mais pas trop vite, parce que le jeu doit être prenant. Mais il doit mourir, parce que le jeu doit rester le plus fort, il doit rester addictif, et du coup je pense aussi à Rollerball, encore plus ancien (1975), dans lequel James Caan, plus grand joueur de l'histoire de son sport, échappe à toutes les chausses-trappes mises en place par sa Fédération pour l'empêcher de devenir plus grand que le jeu.
La télé-réalité dans le premier cas, le sport de masse dans le second sont les opiums qui sont censés garder les populations dans leur auto-confinement, en leur donnant leur dose d'aventure, juste assez pour qu'ils n'aient pas envie de prendre leur vie en main. Rien de neuf, puisque Juvénal, au 1er siècle de notre ère, critiquait déjà la politique des empereurs romains en la restreignant à un "Panem et circenses", du pain et des jeux, caustique.
De fait, c'est le symbole de la paix et de la tranquillité dans une cité où l'approvisionnement en blé est vital (les préfets de l'Annone en sont chargés, mais certains empereurs, comme Auguste, recevront à certains moments difficiles cette lourde charge), et où la grandeur des hommes politiques est mesurée à l'aune de leur générosité partageuse (évergétisme).
Beaucoup plus tard, Dostoievski, dans les frères Karamazov, reprend ce thème développé par la parabole du Grand Inquisiteur. Il faut faire le bonheur du peuple "efficacement", en maniant parfaitement le Mystère (nourrir le peuple), le Miracle (l'étonner et le divertir) et l'Autorité (le guider)...
La liberté guidant le peuple, c'est de la guimauve à vendre aux romantiques. La vraie façon de gouverner, c'est d'acheter et d'endormir les électeurs. Ca fait mal à ma Commune, ça. La belle révolution de 1848 qui a redonné tout le pouvoir au peuple (masculin, hein, faut pas déconner), qui s'est empressé, celui-ci, de se donner tout cuit à la dictature impériale... C'est marrant tout de même. Le Grand Charles disait que les Français sont des veaux, mais l'histoire politique nous montre que tous les peuples ont plutôt une incompressible part d'ovinité... Quelquefois, ça donne vraiment envie de raccrocher les gants.
En tout cas, cher monsieur Fischetti, tu m'as une nouvelle fois donné à réfléchir. Même si depuis déjà un certain temps mes réflexions sont plutôt moroses, eh bien ça fait toujours du bien de s'éloigner un instant du troupeau bêlant pour voir si, dans son crâne, on entend les mêmes sons...
Merci cher Antonio,
Amicalement,
Hrundy V.
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lundi 9 mars 2015
Les metteurs en scène de la Sainteté
Cher Victor,
Quand on ne comprend plus le monde, il faut s'asseoir, réfléchir, questionner les grands anciens, ceux qui ont été confrontés en leur temps à des problématiques similaires. Bien entendu, je me tourne vers toi, ta barbe blanche et ton verbe haut, toi qui, alors que personne de normalement constitué ne peut se battre sur tous les fronts, put défendre la République, le droit de vote de la femme, l'émancipation des esclaves, la dignité des travailleurs... tout ça en écrivant quelques chefs-d’œuvre, romans, théâtre et poésie. Fastoche.
Or donc, voilà-t-y pas qu'au détour d'une lecture, je tombe sur l'une de tes prises de position lors des débats autour de la loi Falloux. 1850, on sort d'une grand moment de démocratie, mais déjà la IIe République s'est donnée à Badinguet et les forces réactionnaires se sont regroupées en un Parti de l'Ordre qui lutte contre vents républicains et marées démocrates. L'Université républicaine est sauvée, la collation des grades aussi, mais cette loi rabaisse le niveau d’instruction nécessaire à l'enseignement et ouvre largement la possibilité de créer des écoles privées confessionnelles. C'est le point de départ d'un fort développement de l'enseignement catholique privé, qui ne nécessite alors pas de diplôme particulier. Assurément une victoire de l'obscurantisme.
Et tu ne t'y trompes pas, toi qui, le 14 janvier 1850, adresse une harangue au parti clérical, qui vibre, et résonne jusqu'à nos jours, toujours puissante et, malheureusement, toujours d'actualité :
Quand on ne comprend plus le monde, il faut s'asseoir, réfléchir, questionner les grands anciens, ceux qui ont été confrontés en leur temps à des problématiques similaires. Bien entendu, je me tourne vers toi, ta barbe blanche et ton verbe haut, toi qui, alors que personne de normalement constitué ne peut se battre sur tous les fronts, put défendre la République, le droit de vote de la femme, l'émancipation des esclaves, la dignité des travailleurs... tout ça en écrivant quelques chefs-d’œuvre, romans, théâtre et poésie. Fastoche.
Or donc, voilà-t-y pas qu'au détour d'une lecture, je tombe sur l'une de tes prises de position lors des débats autour de la loi Falloux. 1850, on sort d'une grand moment de démocratie, mais déjà la IIe République s'est donnée à Badinguet et les forces réactionnaires se sont regroupées en un Parti de l'Ordre qui lutte contre vents républicains et marées démocrates. L'Université républicaine est sauvée, la collation des grades aussi, mais cette loi rabaisse le niveau d’instruction nécessaire à l'enseignement et ouvre largement la possibilité de créer des écoles privées confessionnelles. C'est le point de départ d'un fort développement de l'enseignement catholique privé, qui ne nécessite alors pas de diplôme particulier. Assurément une victoire de l'obscurantisme.
Et tu ne t'y trompes pas, toi qui, le 14 janvier 1850, adresse une harangue au parti clérical, qui vibre, et résonne jusqu'à nos jours, toujours puissante et, malheureusement, toujours d'actualité :
" Je m’adresse au parti qui a, sinon, rédigé, du moins inspiré
le projet de loi, à ce parti à la fois éteint et ardent, au parti clérical. Je
ne sais pas s’il est dans l’assemblée, mais je le sens un peu partout. Il a
l’oreille fine il m’entendra. Je m’adresse donc au parti clérical, et je lui
dis cette loi est votre loi.
Tenez, franchement, je me défie de vous. Instruire, c’est
construire. Je me défie de ce que vous construisez. Je ne veux pas vous confier
l’enseignement de la jeunesse, l’âme des enfants, le développement des
intelligences neuves qui s’ouvrent à la vie, l’esprit des générations
nouvelles, c’est-à-dire l’avenir de la France, parce que vous le confier, ce
serait vous le livrer [...].
Qu’il [nota : le parti clérical] y prenne garde, le XIXe siècle lui est contraire.
Qu’il ne s’obstine pas, qu’il renonce à maîtriser cette grande époque pleine
d’instincts profonds et nouveaux, sinon il ne réussira qu’à la courroucer, il
développera imprudemment le côté redoutable de notre temps, et il fera surgir,
des éventualités terribles.
Oui, avec le système qui fait sortir l’éducation de la
sacristie et le gouvernement du confessionnal. Que le parti clérical le sache,
partout où il sera, il engendrera des révolutions ; partout, pour éviter Torquemada, on se jettera dans Robespierre.
Voilà ce qui fait du parti qui s’intitule le parti catholique un sérieux danger
public. Et ceux qui, comme moi, redoutent également le bouleversement
anarchique et l’assoupissement sacerdotal, jettent le cri d’alarme. Pendant
qu’il est encore temps qu’on y songe bien !
Oui, l’Italie est, de tous les États de l’Europe, celui où
il y a le moins de natifs sachant lire ! L’Espagne, magnifiquement dotée, a
perdu, grâce à votre joug, qui est un joug de dégradation et d’amoindrissement,
ce secret de la puissance qu’elle tenait de Dieu, et en échange de tout ce que
vous lui avez fait perdre, elle a reçu de vous l’Inquisition.
C’est votre habitude. Quand vous forgez une chaîne, vous
dites : Voici une liberté ! Quand vous faites une proscription, vous criez :
Voilà une amnistie !
Ah ! je ne vous confonds pas avec l’Église, pas plus que je
ne confonds le gui avec le chêne. Vous êtes les parasites de l’Église ; vous
êtes la maladie de l’Église. Ignace est l’ennemi de Jésus. Vous êtes non les croyants, mais les sectaires d’une religion que vous
ne comprenez pas, les metteurs en scène de la sainteté."
Et voilà. S'il est un glorieux, un merveilleux changement de paradigme dans l'histoire de France, c'est celui-là. Alors que jusqu'alors, les gouvernants (séculiers et réguliers) avaient misé sur l'abrutissement, l'endoctrinement des masses pour maîtriser et conduire le peuple, la République et la démocratie devaient s'appuyer sur l'éducation, sur l'ouverture d'esprit. Il fallait arracher le peuple à l'endormissement dans lequel il était maintenu. La seule solution, c'est l'éducation. Le savoir contre la croyance. L'action contre la réaction. La pêche, la cueillette et la chasse contre le gavage...
Aujourd'hui, c'est une autre religion fille d'Abraham qui est dévoyée, obscurcie, raccourcie par des "metteurs en scène de la sainteté" qui misent sur l'endoctrinement, l'analphabétisme, pour asseoir un pouvoir qui n'est finalement que séculier. Notre réponse à cela doit forcément passer par l'intelligence, la culture, l'éducation. C'est une nouvelle bataille de l'éveil que nous devons mener en France où, trop longtemps, on a sacrifié nos maîtres (et, partant, nos élèves, nos enfants) sur l'autel du consumérisme et du nihilisme. L’État doit donner aux enseignants les moyens de redevenir ces "affreux petits rhéteurs", "fauteurs de trouble" que le très catholique Thiers fustigeait alors.
Le combat n'est jamais terminé. En 1906, René Viviani, un socialiste indépendant, livre un magnifique raccourci du projet républicain : "La IIIe République a appelé autour d'elle les enfants des paysans, les enfants des ouvriers, et [...] dans ces cerveaux obscurs, dans ces consciences enténébrées, [elle] a versé un peu le germe révolutionnaire de l'instruction. Cela n'a pas suffi. [...] "Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance. Lorsqu’un
misérable, fatigué du poids du jour, ployait les genoux, nous l’avons
relevé, nous lui avons dit que derrière les nuages il n’y avait que des
chimères. Ensemble, et d’un geste magnifique, nous avons éteint dans le
ciel des lumières qu’on ne rallumera plus ! Voilà notre œuvre, notre œuvre révolutionnaire".
Cher Victor, cher René, certaines lumières dans le ciel ont été rallumées. Un peu par notre faute à tous. Notre devoir, aujourd'hui, c'est d'allumer tellement de lumières sur la Terre que les lumières du Ciel ne brilleront plus pour personne, et que surtout personne ne s'en servira pour abrutir et asservir les plus faibles d'entre nous.
Cher Victor, merci de ton éclairage. Il est, comme d'habitude, bienveillant, chaud, lumineux. Tu n'es jamais bien loi de moi, alors je te dis à bientôt.
Hrundy V.
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dimanche 15 février 2015
Mens sana in corpore pareil
Cher Daniel,
Tu m'es aujourd'hui ce que me fut naguère la grande Agatha. Une bouée littéraire. Me voilà triste, dépassionné, vide ? Hop je me jette dans un Malaussène et le bonheur de lire me possède, m'engloutit, et me voilà reparti pour des lustres. C'était Poirot qui, adolescent, me servait de purge intellectuelle. Me sentais-je fiévreux que la lecture d'un roman de la vieille anglaise me permettait de renouer avec le genre humain, avec la curiosité et le plaisir de se retrouver en tête à tête avec soi-même, au travers d'un morceau de bois compressé (tout fin).
Bref, après jérémiades, atermoiements et autres reculades, je me suis lancé dans ton Journal d'un corps. Je n'en suis plus sorti. L'idée est amusante, celle d'un enfant qui, maladroit, mal dans sa peau, étranger à son propre corps, décide un beau jour (c'est en fait un laid jour, mais il me semble que l'expression n'est pas consacrée) de prendre en main son corps et de s'en servir comme d'un sujet d'études.
Il va le muscler, le découvrir, en prendre plus ou moins soin, mais surtout noter les sensations, les désagréments, les plaisirs, les maladies et les afflictions qui vont, tout au long de sa vie, rythmer son quotidien. Ce ne sera pas un journal intime, non. On ne connaîtra que peu de sa vie sociale et intellectuelle, de ses combats politiques et à peine l'essentiel de ses amours. Lui résistant, on ne verra pas passer la guerre. La reconstruction du pays, sa vie d'amour, mai 68, la gauche au pouvoir, tout ça ne seront même pas des ombres présentées à notre imaginaire. Non. En revanche, l'évolution de son corps, ses souffrances, ses exultations, ses jouissances, ses péripéties en somme, voilà ce que le narrateur nous offre.
On rit beaucoup aux passages de pipi caca branlette, on est émus de la souffrance, de la mort, de la maladie. On est ému aussi de ses propres émotions, parce que la peur, le stress, la tristesse, l'agressivité, le rire, nom de Zeus ! ont aussi leur place dans ce récit.
Bien entendu, cher Daniel, on retrouve tes tics et marottes. On retrouve surtout ton phrasé, court, nerveux qui permet de sentir parfaitement ce qui se passe dans la scène que l'on lit, tant et si bien qu'on a l'impression d'y assister. On retrouve tes références littéraires, à des auteurs, à des œuvres. Bon, pas de Melville ici, mais on s'en sort tout de même avec une belle liste de lecture... J'aime la connivence entre nous quand je te lis. J'aime aussi sentir que tu as envie d'enseigner, et que j'aime apprendre. Grâce à toi, je me sens toujours plus intelligent d'avoir de nouvelles choses à apprendre. Ca c'est bien. C'est la vie, la beauté. Les petites cellules grises qui s'affolent et qui nous grisent !
Du coup, après tant et tant de nos échanges, je suis toujours étonné de ce que mon stratagème fonctionne. Depuis toi, en deux semaines, deux autres livres.
Merci, Daniel.
Amicalement,
Hrundy V.
Tu m'es aujourd'hui ce que me fut naguère la grande Agatha. Une bouée littéraire. Me voilà triste, dépassionné, vide ? Hop je me jette dans un Malaussène et le bonheur de lire me possède, m'engloutit, et me voilà reparti pour des lustres. C'était Poirot qui, adolescent, me servait de purge intellectuelle. Me sentais-je fiévreux que la lecture d'un roman de la vieille anglaise me permettait de renouer avec le genre humain, avec la curiosité et le plaisir de se retrouver en tête à tête avec soi-même, au travers d'un morceau de bois compressé (tout fin).
Bref, après jérémiades, atermoiements et autres reculades, je me suis lancé dans ton Journal d'un corps. Je n'en suis plus sorti. L'idée est amusante, celle d'un enfant qui, maladroit, mal dans sa peau, étranger à son propre corps, décide un beau jour (c'est en fait un laid jour, mais il me semble que l'expression n'est pas consacrée) de prendre en main son corps et de s'en servir comme d'un sujet d'études.
Il va le muscler, le découvrir, en prendre plus ou moins soin, mais surtout noter les sensations, les désagréments, les plaisirs, les maladies et les afflictions qui vont, tout au long de sa vie, rythmer son quotidien. Ce ne sera pas un journal intime, non. On ne connaîtra que peu de sa vie sociale et intellectuelle, de ses combats politiques et à peine l'essentiel de ses amours. Lui résistant, on ne verra pas passer la guerre. La reconstruction du pays, sa vie d'amour, mai 68, la gauche au pouvoir, tout ça ne seront même pas des ombres présentées à notre imaginaire. Non. En revanche, l'évolution de son corps, ses souffrances, ses exultations, ses jouissances, ses péripéties en somme, voilà ce que le narrateur nous offre.
On rit beaucoup aux passages de pipi caca branlette, on est émus de la souffrance, de la mort, de la maladie. On est ému aussi de ses propres émotions, parce que la peur, le stress, la tristesse, l'agressivité, le rire, nom de Zeus ! ont aussi leur place dans ce récit.
Bien entendu, cher Daniel, on retrouve tes tics et marottes. On retrouve surtout ton phrasé, court, nerveux qui permet de sentir parfaitement ce qui se passe dans la scène que l'on lit, tant et si bien qu'on a l'impression d'y assister. On retrouve tes références littéraires, à des auteurs, à des œuvres. Bon, pas de Melville ici, mais on s'en sort tout de même avec une belle liste de lecture... J'aime la connivence entre nous quand je te lis. J'aime aussi sentir que tu as envie d'enseigner, et que j'aime apprendre. Grâce à toi, je me sens toujours plus intelligent d'avoir de nouvelles choses à apprendre. Ca c'est bien. C'est la vie, la beauté. Les petites cellules grises qui s'affolent et qui nous grisent !
Du coup, après tant et tant de nos échanges, je suis toujours étonné de ce que mon stratagème fonctionne. Depuis toi, en deux semaines, deux autres livres.
Merci, Daniel.
Amicalement,
Hrundy V.
mercredi 14 janvier 2015
Une manif prometteuse
Chère France,
Tu m'as manqué.
Je sais, je sais, je n'ai pas fait beaucoup d'efforts ces derniers temps moi non plus, mais franchement, avoue que tu n'étais plus très bandante. Entre tes affaires, tes coups de sang, tes règlements de comptes, tes enfants qui n'étaient plus dignes de confiance, ni de respect... On avait l'impression que chacun était replié sur soi-même, à faire son petit business, intéressé seulement par son portefeuille, ses petites magouilles et son nombril.
Et puis il y a eu la tuerie de Charlie et ces deux jours complètement dingues où la vie s'est arrêtée. Les pleurs, les moments d'hébétude, et ce sentiment d'urgence. L'urgence de la vie. De faire des choses, de partager, de vivre.
Il y a cette voix qui hurle en moi et qui me crie de lire, de rire, de profiter, d'écrire, et puis... voilà, du coup il fallait s'y remettre et je me suis remis. C'est tellement difficile de se remettre à écrire, à lire, à penser. Mais ce n'est pas parce qu'on a été bien éduqué qu'il faut s'arrêter d'apprendre. Tout au long de la vie le plaisir de s'enrichir est un plaisir qui s’entretient. Rien ne vient facilement, il faut remettre sans cesse sur l'ouvrage, découvrir, redécouvrir... Le talent, dit Jules Renard, est une question de quantité. Il ne s'agit pas d'écrire une page mais d'en écrire trois cents. L'intelligence, comme le vélo, ça ne s'oublie pas, mais comme la forme physique, la capacité de réaction et l'esprit critique, ça s'entretient.
Ici on ne cherche pas le talent mais juste le plaisir d'ouvrir son esprit, que les idées s'écoulent claires et vives comme un torrent de montagne. Mais je m'égare, et pas seulement de Montparnasse comme disait Pierre Desproges. Tiens, d'ailleurs, en parlant du bouseux limousin : j'entends sa voix, chuchotée, triste et apeurée, dans son extraordinaire sketch sur les rues de Paris qui ne sont plus sûres, quand son ami l'épicier arabe se fait agresser. J'ai toujours, toujours un sourire lorsqu'il raconte le moment où, attablé avec l'épicier et son frère, ils sirotent un petit blanc. Son ami lui dit qu'il en boit un tout petit peu parce qu'il est moitié musulman, moitié diabétique... Aujourd'hui je suis sûr que le grand Pierrot est en train de respirer un Figeac 75, à la table de Mahomet, posant un regard à la fois désolé et, forcément, amusé sur la situation parce que, si on ne rit pas du pire, de quoi pourrait-on rire à la fin ?
La tendance à soliloquer est grande chez les blogueurs, et plus encore quand la tristesse nous prend. De toute façon, quand on est interrompu par Desproges, on ferme sa gueule et on écoute. Alors fais donc pareil, chère France, parce que je ne peux m’empêcher de digresser. Enfin je reviens à Charlie. J'ai adoré comment, dimanche, tu es descendue dans la rue, pour dire que tu étais là. J'ai lu çà et là que certains n'étaient pas les bienvenus à la manif, que d'autres étaient ridicules, contempteurs de toujours du ton de Charlie puis ardents défenseurs du jour au lendemain... D'autres ont dit aussi que les Cabu, Wolinski et consorts se retournaient dans leur tombe d'entendre chanter la Marseillaise en leur honneur...
Quelle importance ? Tu es multiple, multiforme, multiculturelle, multiconfessionnelle. Certains sont descendus dans la rue pour défendre la liberté d'expression, d'autres pour rendre hommage aux auteurs de Charlie Hebdo, d’autres aux policiers, quelques-uns pour se montrer, beaucoup pour y être, pour se tenir chaud dans un moment de doute, de peur et de solitude. Pour ce besoin de se sentir partie d'un tout, pour se dire qu'on n'est pas seul face à la barbarie, la bêtise et l'aveuglement. Chacun avait sa raison, et toutes les raisons étaient bonnes, et toutes les raisons étaient nobles.
L'important, c'est que dimanche, tu as montré que tu étais en vie. Que tu existes encore, que tu respires, que tu penses, que tu marches. Et ça, ma chère France, ça, c'était l'important. Et c'était beau. Je me prends à rêver que ça continue. Que tout ça t'a fait sortir de ta léthargie, et que les années 60 vont revenir, et que tes enfants vont de nouveau vivre, penser, se questionner, refuser l'ordre établi. Moi en tout cas, je m'y remets.
Merci chère France,
Amicalement
Hrundy V.
Tu m'as manqué.
Je sais, je sais, je n'ai pas fait beaucoup d'efforts ces derniers temps moi non plus, mais franchement, avoue que tu n'étais plus très bandante. Entre tes affaires, tes coups de sang, tes règlements de comptes, tes enfants qui n'étaient plus dignes de confiance, ni de respect... On avait l'impression que chacun était replié sur soi-même, à faire son petit business, intéressé seulement par son portefeuille, ses petites magouilles et son nombril.
Et puis il y a eu la tuerie de Charlie et ces deux jours complètement dingues où la vie s'est arrêtée. Les pleurs, les moments d'hébétude, et ce sentiment d'urgence. L'urgence de la vie. De faire des choses, de partager, de vivre.
Il y a cette voix qui hurle en moi et qui me crie de lire, de rire, de profiter, d'écrire, et puis... voilà, du coup il fallait s'y remettre et je me suis remis. C'est tellement difficile de se remettre à écrire, à lire, à penser. Mais ce n'est pas parce qu'on a été bien éduqué qu'il faut s'arrêter d'apprendre. Tout au long de la vie le plaisir de s'enrichir est un plaisir qui s’entretient. Rien ne vient facilement, il faut remettre sans cesse sur l'ouvrage, découvrir, redécouvrir... Le talent, dit Jules Renard, est une question de quantité. Il ne s'agit pas d'écrire une page mais d'en écrire trois cents. L'intelligence, comme le vélo, ça ne s'oublie pas, mais comme la forme physique, la capacité de réaction et l'esprit critique, ça s'entretient.
Ici on ne cherche pas le talent mais juste le plaisir d'ouvrir son esprit, que les idées s'écoulent claires et vives comme un torrent de montagne. Mais je m'égare, et pas seulement de Montparnasse comme disait Pierre Desproges. Tiens, d'ailleurs, en parlant du bouseux limousin : j'entends sa voix, chuchotée, triste et apeurée, dans son extraordinaire sketch sur les rues de Paris qui ne sont plus sûres, quand son ami l'épicier arabe se fait agresser. J'ai toujours, toujours un sourire lorsqu'il raconte le moment où, attablé avec l'épicier et son frère, ils sirotent un petit blanc. Son ami lui dit qu'il en boit un tout petit peu parce qu'il est moitié musulman, moitié diabétique... Aujourd'hui je suis sûr que le grand Pierrot est en train de respirer un Figeac 75, à la table de Mahomet, posant un regard à la fois désolé et, forcément, amusé sur la situation parce que, si on ne rit pas du pire, de quoi pourrait-on rire à la fin ?
La tendance à soliloquer est grande chez les blogueurs, et plus encore quand la tristesse nous prend. De toute façon, quand on est interrompu par Desproges, on ferme sa gueule et on écoute. Alors fais donc pareil, chère France, parce que je ne peux m’empêcher de digresser. Enfin je reviens à Charlie. J'ai adoré comment, dimanche, tu es descendue dans la rue, pour dire que tu étais là. J'ai lu çà et là que certains n'étaient pas les bienvenus à la manif, que d'autres étaient ridicules, contempteurs de toujours du ton de Charlie puis ardents défenseurs du jour au lendemain... D'autres ont dit aussi que les Cabu, Wolinski et consorts se retournaient dans leur tombe d'entendre chanter la Marseillaise en leur honneur...
Quelle importance ? Tu es multiple, multiforme, multiculturelle, multiconfessionnelle. Certains sont descendus dans la rue pour défendre la liberté d'expression, d'autres pour rendre hommage aux auteurs de Charlie Hebdo, d’autres aux policiers, quelques-uns pour se montrer, beaucoup pour y être, pour se tenir chaud dans un moment de doute, de peur et de solitude. Pour ce besoin de se sentir partie d'un tout, pour se dire qu'on n'est pas seul face à la barbarie, la bêtise et l'aveuglement. Chacun avait sa raison, et toutes les raisons étaient bonnes, et toutes les raisons étaient nobles.
L'important, c'est que dimanche, tu as montré que tu étais en vie. Que tu existes encore, que tu respires, que tu penses, que tu marches. Et ça, ma chère France, ça, c'était l'important. Et c'était beau. Je me prends à rêver que ça continue. Que tout ça t'a fait sortir de ta léthargie, et que les années 60 vont revenir, et que tes enfants vont de nouveau vivre, penser, se questionner, refuser l'ordre établi. Moi en tout cas, je m'y remets.
Merci chère France,
Amicalement
Hrundy V.
mercredi 7 janvier 2015
What a wonderful World...
Chère maman,
J'ai une bonne nouvelle pour toi. Enfin, tu dois déjà être au courant, Cabu vient de te rejoindre. Je sais que tu l'aimais bien, avec ses petites lunettes rondes et sa coupe au bol à la du Guesclin. Surtout, il te faisait marrer et grincer et ça, ce n'est donné qu'à quelques-uns. Autre bonne nouvelle, il est bien accompagné, avec Wolinski, Charb, Tignous, Oncle Bernard et d'autres.
La mauvaise nouvelle c'est qu'ils doivent être dans un sale état, parce que les enfants du bon dieu qui leur ont permis le grand saut leur ont fait des trous partout au fusil d'assaut, en espérant venger je ne sais quel prophète. A mon avis, le prophète en question doit aujourd'hui se tâter entre la crise de rire ou la dépression grave. Cabu avait raison, c'est dur d'être aimé par des cons.
Ce qui est sûr, c'est que ton monde à toi, s'il existe, est certainement beaucoup plus drôle que le nôtre désormais. D'un autre côté, tu gagnes d'un seul coup d'un seul la moitié de la rédaction de Charlie Hebdo, alors que t'avais déjà Dac, Desproges, Coluche et tellement d'autres...
Nous ici, il ne nous reste plus grand chose pour rigoler. En une poignée de minutes, voilà que des malfaisants quelconques ont flingué une partie de mon adolescence et de ma vie d'adulte. Comme ça, juste parce qu'ils avaient décidé qu'on ne peut pas rire de tout. L'acte en lui-même est tragique, ridicule, terrible. Il y a plein de victimes, deux policiers notamment, d'autres journalistes de Charlie, mais je n'arrive pas à m'enlever cette pensée égoïste qu'on m'a pris quelque chose.
Charlie en général, et ses piliers en particulier, faisaient partie de ces vieux amis qu'on appelle de temps en temps, parce qu'ils nous font sourire à la vie, qui nous font penser (croire ?) que le monde est beau, et que la vie est une fête. Que toutes les bêtises et les horreurs sont des péripéties dont il faut se gausser. Le bonheur est simple, il tient à cela. A notre capacité à voir le monde beau et léger.
Ces cuistres avaient-ils la fatuité de croire qu'ils pouvaient nous enlever ça, comme des Goldfinger de supermarché, ou bien étaient-ils juste assez bas du plafond pour penser réellement venger le pauvre Mahomet ?
Et nous, comment doit-on réagir ? La haine qui nous tord les boyaux doit-elle sortir ? Depuis midi aujourd'hui, j'ai marché comme un boxeur sonné, groggy, les yeux dans le vague, les idées noires (tiens, dis bonjour à Franquin, il sera content de voir les petits). Mais doit-on accepter que des terroristes nous enlèvent notre joie de vivre ? J'en suis arrivé là. Moi qui désespérais un peu des hommes depuis quelques mois, j'ai probablement touché le fond de la foi en l'être humain aujourd'hui, mais ce soir je sais une chose. J'ai la rage. Une rage positive et constructive. Une rage de faire des choses, de réussir, d'aimer mieux, d'apprendre, de continuer à grandir et d'aider mes enfants, et tous ceux qui le veulent, à grandir et à voir le monde avec des yeux émerveillés, comme ton capitaine préféré Adrian Cronauer passant le What a wonderful world du grand Satchmo Louis Armstrong en pleine guerre du Vietnam, sur fond de bombardements...
Le grand Sachem et Robin des ondes Willliams
Chère maman, toi qui es là haut depuis trop longtemps et qui y est partie bien trop tôt, prends soin d'eux, prends-soin de toi, et marrez-vous bien pour nous, on en a besoin.
Merci maman,
Amicalement,
Hrundy V.
J'ai une bonne nouvelle pour toi. Enfin, tu dois déjà être au courant, Cabu vient de te rejoindre. Je sais que tu l'aimais bien, avec ses petites lunettes rondes et sa coupe au bol à la du Guesclin. Surtout, il te faisait marrer et grincer et ça, ce n'est donné qu'à quelques-uns. Autre bonne nouvelle, il est bien accompagné, avec Wolinski, Charb, Tignous, Oncle Bernard et d'autres.
La mauvaise nouvelle c'est qu'ils doivent être dans un sale état, parce que les enfants du bon dieu qui leur ont permis le grand saut leur ont fait des trous partout au fusil d'assaut, en espérant venger je ne sais quel prophète. A mon avis, le prophète en question doit aujourd'hui se tâter entre la crise de rire ou la dépression grave. Cabu avait raison, c'est dur d'être aimé par des cons.
Ce qui est sûr, c'est que ton monde à toi, s'il existe, est certainement beaucoup plus drôle que le nôtre désormais. D'un autre côté, tu gagnes d'un seul coup d'un seul la moitié de la rédaction de Charlie Hebdo, alors que t'avais déjà Dac, Desproges, Coluche et tellement d'autres...
Nous ici, il ne nous reste plus grand chose pour rigoler. En une poignée de minutes, voilà que des malfaisants quelconques ont flingué une partie de mon adolescence et de ma vie d'adulte. Comme ça, juste parce qu'ils avaient décidé qu'on ne peut pas rire de tout. L'acte en lui-même est tragique, ridicule, terrible. Il y a plein de victimes, deux policiers notamment, d'autres journalistes de Charlie, mais je n'arrive pas à m'enlever cette pensée égoïste qu'on m'a pris quelque chose.
Charlie en général, et ses piliers en particulier, faisaient partie de ces vieux amis qu'on appelle de temps en temps, parce qu'ils nous font sourire à la vie, qui nous font penser (croire ?) que le monde est beau, et que la vie est une fête. Que toutes les bêtises et les horreurs sont des péripéties dont il faut se gausser. Le bonheur est simple, il tient à cela. A notre capacité à voir le monde beau et léger.
Ces cuistres avaient-ils la fatuité de croire qu'ils pouvaient nous enlever ça, comme des Goldfinger de supermarché, ou bien étaient-ils juste assez bas du plafond pour penser réellement venger le pauvre Mahomet ?
Et nous, comment doit-on réagir ? La haine qui nous tord les boyaux doit-elle sortir ? Depuis midi aujourd'hui, j'ai marché comme un boxeur sonné, groggy, les yeux dans le vague, les idées noires (tiens, dis bonjour à Franquin, il sera content de voir les petits). Mais doit-on accepter que des terroristes nous enlèvent notre joie de vivre ? J'en suis arrivé là. Moi qui désespérais un peu des hommes depuis quelques mois, j'ai probablement touché le fond de la foi en l'être humain aujourd'hui, mais ce soir je sais une chose. J'ai la rage. Une rage positive et constructive. Une rage de faire des choses, de réussir, d'aimer mieux, d'apprendre, de continuer à grandir et d'aider mes enfants, et tous ceux qui le veulent, à grandir et à voir le monde avec des yeux émerveillés, comme ton capitaine préféré Adrian Cronauer passant le What a wonderful world du grand Satchmo Louis Armstrong en pleine guerre du Vietnam, sur fond de bombardements...
Le grand Sachem et Robin des ondes Willliams
Chère maman, toi qui es là haut depuis trop longtemps et qui y est partie bien trop tôt, prends soin d'eux, prends-soin de toi, et marrez-vous bien pour nous, on en a besoin.
Merci maman,
Amicalement,
Hrundy V.
mercredi 6 novembre 2013
Un idiot à Paris
Cher René,
Pour tout te dire, le titre de ton roman ne m'a jamais incité à voir le film. Malgré mon amour immodéré pour La soupe au choux mais aussi pour Les Vieux de la vieille, je regardais les autres productions tirées de ta prose d'un œil dédaigneux.
Et puis je t'ai découvert par un ami, qui m'a incité à te lire. Alors je me suis renseigné sur toi, sur ton histoire, je t'ai "googlisé" comme ils disent. J'ai connu ton parcours, la guerre, puis libé grâce à Cendrars, l'amitié avec Dimey et surtout Brassens, tout ça.
Et puis j'ai lu la Soupe aux choux. Grosse soufflante dans le joufflu. Celui du haut, pas celui du bas. Dix fois, cent fois, mille fois plus tendre et drôle que son adaptation par Girault. Et puis ensuite Les Vieux de la Vieille, Comment fais-tu l'amour, Cerise ?, Le beaujolais nouveau est arrivé... Et toujours du bonheur à te lire, à te suivre, de la banlieue à la campagne, de Jaligny à L’Haÿ-les-Roses...
Vous n'êtes pas très nombreux dans l'histoire de la littérature, de la chanson aussi, à faire se côtoyer les cultures populaires du béton et de la terre avec la finesse d'esprit, la légèreté et l'érudition. Un idiot à Paris en est l'exemple parfait.
Goubi, bredin de son état, employé de ferme aux Patouilloux, rêve de grandeur. Enfant de l'Assistance, il se choisit Clémenceau comme père et parle à la lune, s'amuse avec les mouches, et se laisse aller en permanence, parle de Paris, où il voudrait aller. Et voilà qu'un beau jour, deux connaissances, sous couvert d'aller boire un canon dans le patelin voisin, le droguent et l'emmènent tout droit à la capitale. Emerveillement, mais surtout, choc des cultures. Le bredin se perd, et son aventure parisienne commnce.
C'est truculent, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien écrit mais c'est aussi passionnant et bien construit. On ne voudrait pas que cela s'arrête. D'ailleurs, j'ai déjà envie de te reprendre en main, René, de te flairer, de te goûter, de t'entendre aussi. Ta plume sollicite tous les sens. Et ton idiot à Paris, qui reviendra à Jaligny en conquérant, auréolé d'une quasi normalité, on a envie qu'il devienne notre ami. Comme il l'était pour toi.
Merci René
Amicalement,
Hrundy V.
Pour tout te dire, le titre de ton roman ne m'a jamais incité à voir le film. Malgré mon amour immodéré pour La soupe au choux mais aussi pour Les Vieux de la vieille, je regardais les autres productions tirées de ta prose d'un œil dédaigneux.
Et puis je t'ai découvert par un ami, qui m'a incité à te lire. Alors je me suis renseigné sur toi, sur ton histoire, je t'ai "googlisé" comme ils disent. J'ai connu ton parcours, la guerre, puis libé grâce à Cendrars, l'amitié avec Dimey et surtout Brassens, tout ça.
Et puis j'ai lu la Soupe aux choux. Grosse soufflante dans le joufflu. Celui du haut, pas celui du bas. Dix fois, cent fois, mille fois plus tendre et drôle que son adaptation par Girault. Et puis ensuite Les Vieux de la Vieille, Comment fais-tu l'amour, Cerise ?, Le beaujolais nouveau est arrivé... Et toujours du bonheur à te lire, à te suivre, de la banlieue à la campagne, de Jaligny à L’Haÿ-les-Roses...
Vous n'êtes pas très nombreux dans l'histoire de la littérature, de la chanson aussi, à faire se côtoyer les cultures populaires du béton et de la terre avec la finesse d'esprit, la légèreté et l'érudition. Un idiot à Paris en est l'exemple parfait.
Goubi, bredin de son état, employé de ferme aux Patouilloux, rêve de grandeur. Enfant de l'Assistance, il se choisit Clémenceau comme père et parle à la lune, s'amuse avec les mouches, et se laisse aller en permanence, parle de Paris, où il voudrait aller. Et voilà qu'un beau jour, deux connaissances, sous couvert d'aller boire un canon dans le patelin voisin, le droguent et l'emmènent tout droit à la capitale. Emerveillement, mais surtout, choc des cultures. Le bredin se perd, et son aventure parisienne commnce.
C'est truculent, c'est fin, c'est intelligent, c'est bien écrit mais c'est aussi passionnant et bien construit. On ne voudrait pas que cela s'arrête. D'ailleurs, j'ai déjà envie de te reprendre en main, René, de te flairer, de te goûter, de t'entendre aussi. Ta plume sollicite tous les sens. Et ton idiot à Paris, qui reviendra à Jaligny en conquérant, auréolé d'une quasi normalité, on a envie qu'il devienne notre ami. Comme il l'était pour toi.
Merci René
Amicalement,
Hrundy V.
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