Cher Daniel,
Tu m'es aujourd'hui ce que me fut naguère la grande Agatha. Une bouée littéraire. Me voilà triste, dépassionné, vide ? Hop je me jette dans un Malaussène et le bonheur de lire me possède, m'engloutit, et me voilà reparti pour des lustres. C'était Poirot qui, adolescent, me servait de purge intellectuelle. Me sentais-je fiévreux que la lecture d'un roman de la vieille anglaise me permettait de renouer avec le genre humain, avec la curiosité et le plaisir de se retrouver en tête à tête avec soi-même, au travers d'un morceau de bois compressé (tout fin).
Bref, après jérémiades, atermoiements et autres reculades, je me suis lancé dans ton Journal d'un corps. Je n'en suis plus sorti. L'idée est amusante, celle d'un enfant qui, maladroit, mal dans sa peau, étranger à son propre corps, décide un beau jour (c'est en fait un laid jour, mais il me semble que l'expression n'est pas consacrée) de prendre en main son corps et de s'en servir comme d'un sujet d'études.
Il va le muscler, le découvrir, en prendre plus ou moins soin, mais surtout noter les sensations, les désagréments, les plaisirs, les maladies et les afflictions qui vont, tout au long de sa vie, rythmer son quotidien. Ce ne sera pas un journal intime, non. On ne connaîtra que peu de sa vie sociale et intellectuelle, de ses combats politiques et à peine l'essentiel de ses amours. Lui résistant, on ne verra pas passer la guerre. La reconstruction du pays, sa vie d'amour, mai 68, la gauche au pouvoir, tout ça ne seront même pas des ombres présentées à notre imaginaire. Non. En revanche, l'évolution de son corps, ses souffrances, ses exultations, ses jouissances, ses péripéties en somme, voilà ce que le narrateur nous offre.
On rit beaucoup aux passages de pipi caca branlette, on est émus de la souffrance, de la mort, de la maladie. On est ému aussi de ses propres émotions, parce que la peur, le stress, la tristesse, l'agressivité, le rire, nom de Zeus ! ont aussi leur place dans ce récit.
Bien entendu, cher Daniel, on retrouve tes tics et marottes. On retrouve surtout ton phrasé, court, nerveux qui permet de sentir parfaitement ce qui se passe dans la scène que l'on lit, tant et si bien qu'on a l'impression d'y assister. On retrouve tes références littéraires, à des auteurs, à des œuvres. Bon, pas de Melville ici, mais on s'en sort tout de même avec une belle liste de lecture... J'aime la connivence entre nous quand je te lis. J'aime aussi sentir que tu as envie d'enseigner, et que j'aime apprendre. Grâce à toi, je me sens toujours plus intelligent d'avoir de nouvelles choses à apprendre. Ca c'est bien. C'est la vie, la beauté. Les petites cellules grises qui s'affolent et qui nous grisent !
Du coup, après tant et tant de nos échanges, je suis toujours étonné de ce que mon stratagème fonctionne. Depuis toi, en deux semaines, deux autres livres.
Merci, Daniel.
Amicalement,
Hrundy V.
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dimanche 15 février 2015
dimanche 15 septembre 2013
Charly 9
Cher Jean,
J'ai l'impression de te connaître depuis toujours.
Je recommence. En réalité, je te connais depuis toujours. Je ne sais pas pourquoi, j'ai cette impression diffuse que tu as foutu ta grande carcasse dans RécréA2 à un moment ou à un autre. Il y a eu bien sûr l'Echo, et Nulle part Ailleurs. Ta voix, je la connais. Ton style, je le connais. Ta gueule aussi je la connais, et c'est pas que parce que ton pote Edika te met en scène une eux fois dans Fluide. Y a autre chose. Je trouverai, nom de Zeus, je trouverai.
Tes mots en revanche, je les ai découverts tard, il y a une dizaine d'année, avec Rainbow pour Rimbaud, une belle histoire d'amour décalée qui part de Charleville-Mézières pour faire le tour du monde... Ton Je, François Villon était clair, simple, brillant et horrifiant. Je l'avais adoré, il m'avait dévoré.
Et puis cet été, puisque je me suis remis à lire, je me suis très naturellement plongé dans Charly 9, sans savoir dans quoi je m'aventurais.
Il est rassurant de se rendre compte que certaines bonnes choses ne changent pas. Ton style, fluide, rapide, agréable. Tes chapitres courts et nerveux. Tes dialogues, parfaitement huilés. L'humanité de tes personnages, surtout, leur ombre et leur lumière mélangées sans que jamais le flou ne s'installe. Et pourtant ça part sévère.
Premier chapitre, Catherine de Médicis sa mère, le duc d'Anjou son frère et l'ensemble de son conseil se liguent pour le convaincre, le jour de la Saint-Barthélémy et à quelques jours du mariage de sa sœur Marguerite et d'Henri de Navarre, de décréter le massacre général des protestants réformés de France. Premier chapitre. Violence absolue de l'homme seul, que l'on presse de toutes parts à prendre une décision à laquelle il se refuse, qui le heurte profondément. Saoulé de pressions, de mensonges, de quolibets, il craque. Se soumet. Il ne s'en remettra jamais. Un chapitre sérieux, dur, qui montre que la charge de roi n'était probablement pas pour lui. Tous les autres chapitres sont les tableaux de sa lente descente dans la folie, puis dans la mort.
Tous ses efforts pour se réconcilier avec son peuple vont être d'incroyables et piteux échecs.
Le déplacement de la date de début d'année, du printemps au 1er janvier, qui occasionne des milliers de morts chez les Français qui pour la fête, se parent de leurs habits printaniers un jour de neige et de froid dans tout le pays.
Le choix de faire distribuer des brins de muguet porte bonheur aux familles du royaume, le 1er mai. Dans un pays ravagé par la famine, des milliers d'enfants, d'hommes et de femmes meurent d'avoir mangé ce poison violent.
Et que dire de ses tentatives de renflouer le royaume en payant un alchimiste véreux, ou en fabriquant de la monnaie en bois...
Bref, j'ai été happé par ton roman qui raconte, à ta manière, dans un langage hybride qui touche juste, une histoire de France décalée, où l'anecdote sert de toile où tu traces le portrait d'un gamin qui se révèle incapable d'enrayer la spirale mortifère dans laquelle il est entré.
C'est un beau livre, tendre, drôle et triste. Ca ne m'a beaucoup étonné en vérité, je te le dis. Mais j'ai beaucoup aimé. Merci Teulé.
Amicalement, Hrundy V.
J'ai l'impression de te connaître depuis toujours.
Je recommence. En réalité, je te connais depuis toujours. Je ne sais pas pourquoi, j'ai cette impression diffuse que tu as foutu ta grande carcasse dans RécréA2 à un moment ou à un autre. Il y a eu bien sûr l'Echo, et Nulle part Ailleurs. Ta voix, je la connais. Ton style, je le connais. Ta gueule aussi je la connais, et c'est pas que parce que ton pote Edika te met en scène une eux fois dans Fluide. Y a autre chose. Je trouverai, nom de Zeus, je trouverai.
Tes mots en revanche, je les ai découverts tard, il y a une dizaine d'année, avec Rainbow pour Rimbaud, une belle histoire d'amour décalée qui part de Charleville-Mézières pour faire le tour du monde... Ton Je, François Villon était clair, simple, brillant et horrifiant. Je l'avais adoré, il m'avait dévoré.
Et puis cet été, puisque je me suis remis à lire, je me suis très naturellement plongé dans Charly 9, sans savoir dans quoi je m'aventurais.
Il est rassurant de se rendre compte que certaines bonnes choses ne changent pas. Ton style, fluide, rapide, agréable. Tes chapitres courts et nerveux. Tes dialogues, parfaitement huilés. L'humanité de tes personnages, surtout, leur ombre et leur lumière mélangées sans que jamais le flou ne s'installe. Et pourtant ça part sévère.
Premier chapitre, Catherine de Médicis sa mère, le duc d'Anjou son frère et l'ensemble de son conseil se liguent pour le convaincre, le jour de la Saint-Barthélémy et à quelques jours du mariage de sa sœur Marguerite et d'Henri de Navarre, de décréter le massacre général des protestants réformés de France. Premier chapitre. Violence absolue de l'homme seul, que l'on presse de toutes parts à prendre une décision à laquelle il se refuse, qui le heurte profondément. Saoulé de pressions, de mensonges, de quolibets, il craque. Se soumet. Il ne s'en remettra jamais. Un chapitre sérieux, dur, qui montre que la charge de roi n'était probablement pas pour lui. Tous les autres chapitres sont les tableaux de sa lente descente dans la folie, puis dans la mort.
Tous ses efforts pour se réconcilier avec son peuple vont être d'incroyables et piteux échecs.
Le déplacement de la date de début d'année, du printemps au 1er janvier, qui occasionne des milliers de morts chez les Français qui pour la fête, se parent de leurs habits printaniers un jour de neige et de froid dans tout le pays.
Le choix de faire distribuer des brins de muguet porte bonheur aux familles du royaume, le 1er mai. Dans un pays ravagé par la famine, des milliers d'enfants, d'hommes et de femmes meurent d'avoir mangé ce poison violent.
Et que dire de ses tentatives de renflouer le royaume en payant un alchimiste véreux, ou en fabriquant de la monnaie en bois...
Bref, j'ai été happé par ton roman qui raconte, à ta manière, dans un langage hybride qui touche juste, une histoire de France décalée, où l'anecdote sert de toile où tu traces le portrait d'un gamin qui se révèle incapable d'enrayer la spirale mortifère dans laquelle il est entré.
C'est un beau livre, tendre, drôle et triste. Ca ne m'a beaucoup étonné en vérité, je te le dis. Mais j'ai beaucoup aimé. Merci Teulé.
Amicalement, Hrundy V.
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